1984 – George Orwell

Mes doigts curieux déambulaient sur les couvertures glacées des livres de la bibliothèque à la recherche d’une nouvelle lecture. Leur choix s’est arrêté sur la tranche usée et écornée d’un livre : 1984. Orwell que je connaissais sans l’avoir lu, pour en avoir étudié des extraits en licence de Lettres modernes habiterait donc ma semaine de ses écrits ; c’est ainsi que j’en commençais la lecture. 

J’ouvris le livre sans idées préconçues, sans attentes particulières mais animée d’une curiosité simple, loin de me douter que les premiers mots me happeraient dans une Londres sombre et oppressante. Je découvrai Winston et éprouvai dés les prémices de ses affres, pitié et empathie. Je me glissai dans son quotidien de pantin et devinai les rouages fuligineux  du système au Ministère de la Vérité. Se dessinèrent au fil des pages, les contours d’un Parti omnipotent et oppressif, les négations successives et systématiques d’une humanité proscrite pour être mieux remodelée. Les chapitres s’enchaînaient. Manipulation, Domination, Répression martelaient la cadence. 

J’éprouvai une joie profonde lorsque Winston trouva, pour consoler son malheur, une petite chambre sous les toits, relique d’un passé éteint et jubilai de ce pied de nez superbe et insolent au gouvernement. A la lecture des moments de retrouvailles et d’amour avec Julia, je me laissai bercée par de sereines illusions, espérai la paix et souhaitai pour le héros d’infortune de cette dystopie, une société pénétrée d’humanité, ce qui -bien entendu- ne vint pas. 

J’assistai ensuite avec une fébrilité toute bouleversée, impuissante, au naufrage de Winston. Eprouvée par les scènes de torture, j’espérai les yeux à demi-clos, une main tendue salutaire pour mon ami, quelques mots de secours et de réconfort pour mon âme de lectrice ingénue. Tout espoir évanoui sous le couperet des derniers mots, je refermai l’ouvrage le coeur en vrac et les yeux baignés d’une émotion confondue. Affectée par le sort d’une société qui pourrait être la mienne ; écoeurée par la nature de l’homme, dépeinte dans un camaïeu de couleurs sombres et bilieuses, annihilatrice et monstrueuse; affligée par une fin qui n’était pas celle qu’appelaient les prétentions optimistes de mon idéalisme, j’ai refermé le livre. Oublié le Parti victorieux. Abandonné Winston à son sort. Brisé(e). 

1984 -me- nous rappelle qu’il faut de tous temps se méfier des idées qui rampent et s’abîment insidieusement dans les consciences, y déposent un venin sinon mortel, garant d’une lente et douloureuse agonie .. 

 

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